Tout et rien : du jeu de rôle grandeur nature, des recherches diverses et variées, ma vie à Stuttgart et deux ou trois inepties pour compléter le tout. En bref, c'est le bordel. Pour plus d'infos, consulter les catégories...
Je vais publier sur ce blog quelques textes pour mieux appréhender le contexte du jeu et le métier du personnage (toujours dans l'optique 7th Sea). C'est un peu long, mais la lecture est intéressante et donne plein d'idées pour le perso et ses intriques...
Louis Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris édité en 1780
CHAPITRE 82 - Anatomie.
"J' ai toujours été révolté de voir dans les collèges un professeur qui, à la fin d' une année de physique, la couronne par une barbarie expérimentale : on cloue un chien vivant par les quatre pattes ; on lui enfonce le scalpel dans les chairs, malgré ses hurlements douloureux ; on lui ouvre les entrailles, et le professeur manie un cœur palpitant. La cruauté doit-elle accompagner la science ? Et les écoliers ne sauroient-ils apprendre un peu d' anatomie, sans être préalablement des bourreaux ?
L' art des Winslow a des accessoires bien repoussants ; il faut que l'anatomiste s' associe avec des hommes de la lie du peuple, qu'il ouvre un marché avec des fossoyeurs ; c' est ainsi que l' on a des cadavres. Les élèves, au défaut d' argent, escaladent la nuit les murs d' un cimetiere, volent le corps déposé et enseveli la veille, et le dépouillent de son linceul. Après qu' on a brisé la pierre et violé la sépulture des morts, on plie le cadavre en deux, on le porte dans une hotte chez l' anatomiste ; ensuite, quand le corps a été haché, disséqué, l' anatomiste ne sait plus comment le replacer au lieu où il l' a pris : il en jette et en disperse les morceaux où il peut, soit dans la rivière, soit dans les égouts, soit dans les latrines ; des os humains se trouvent mêlés avec les os des animaux qu' on a dévorés, et il n'est pas rare de trouver dans des tas de fumier, des débris de l' espèce humaine.
En allant prendre une leçon gratuite d' anatomie, on pourroit (ce qui est horrible à penser) rencontrer sur le marbre noir son père, son frère, son ami, qu' on auroit enterré et pleuré la veille. Puisque la perfection de la médecine et de la chirurgie dépend de l' anatomie, le gouvernement n' auroit-il pas dû épargner aux gens de l' art ce trafic clandestin et honteux, et prévenir les scènes scandaleuses et dégoûtantes qui en résultent ? Qui croiroit que les Winslow et les Ferreins sont, au terme de la loi, des profanateurs sacrilèges, des violateurs des tombeaux, et qu' ils ont encouru les peines les plus graves ? Tout sera donc éternellement en contradiction, nos lois, nos mœurs et nos usages ! Si un ancien revenoit au monde, de quel étonnement ne seroit-il pas frappé dans l' amphithéâtre de l'académie royale, qu' aucune loi n' autorise à avoir des cadavres ! Un mort étoit pour les anciens un objet sacré, qu' on déposoit avec respect sur un bûcher ; et celui-là étoit déclaré impur, qui osoit y porter la main. Que diroit-il, en voyant ce corps horriblement coupé, mutilé ; et tous ces jeunes chirurgiens, les bras nus et ensanglantés, folâtrer et rire au milieu de ces épouvantables opérations ? L' Hôtel-Dieu refuse de livrer des cadavres ; on a recours à l' adresse ; on les vole à Clamart, ou bien on les achète Rue de la salpêtriere et de Bicêtre. Les corps des vénériens qui sont morts dans les grands remèdes, servent ordinairement à la dissection publique dans les amphithéâtres. L'anatomie n' a fait aucun progrès depuis quarante ans, ni aucune découverte conséquente. Le corps humain est aujourd'hui connu parfaitement dans toutes ses parties ; et il sera difficile d'ajouter à ce qu'on sait, tant les recherches ont été profondes. Mais l'anatomie n’est cependant encore qu'une vraie nomenclature, et rien de plus. Il reste à connoître le jeu de la machine, à apprécier ses rapports, et les principes des forces vitales. (...). La patience méchanique de l' anatomiste doit céder la place au génie qui généralise, qui scrute, qui se trompe en cherchant à deviner ; mais qui, à force de tourmenter plusieurs systèmes, découvrira peut-être une seule et importante vérité, d' où jailliront toutes les autres. L' académie royale de chirurgie est un monument d' architecture très-remarquable. Louis XV, qui préféroit l' art de la chirurgie à toutes les autres sciences, a fait pour son école des dépenses que les autres arts ont enviées."